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Parmi les nouvelles propositions de la réforme du droit travail, il y en a une qui fait particulièrement débat : le CDI de projet.

Le projet de loi d’habilitation (réforme du droit du travail) a été exposé ce mercredi 28 juin et avec lui, l’envie de redynamiser le marché du travail en instaurant une « flexi-sécurité » à la française. Parmi les nouvelles réformes évoquées, la création du CDI de Projet.
Cette proposition n’est pas une réelle nouveauté ; il s’agit plutôt d’une extension des CDI de Chantiers qui existaient jusqu’à présent dans le BTP.
Le CDI de Projet est un contrat à mi-chemin entre le CDI et le CDD : pour certaines missions dont la durée ne peut être évaluée avec précision, il s’agit d’un contrat dont la durée est conditionnée par la réalisation d’une mission. Si ce contrat offre davantage de flexibilité aux employeurs – qui peuvent ainsi congédier leurs salariés à la fin de leur mission sans verser de prime de précarité -, le salarié, lui, gagne nettement moins en confort : il ne peut se projeter avec précision sur la fin réelle de sa mission.
Vu de l’entreprise, ce type de contrat paraît être une idée pertinente pour gagner en flexibilité. Il a d’ailleurs fait ses preuves dans le secteur du bâtiment. Mais est-il réellement applicable à tous les secteurs ?
Prenons l’exemple qui nous concerne du secteur du numérique.
Avec l’évolution fulgurante des nouvelles technologies, les métiers du numérique figurent parmi les plus recherchés. Les recruteurs peinent à trouver les candidats adéquats.
Dans ce secteur, le recours au CDD est très rare : près de 3 fois moins important que pour les autres secteurs. Et pour cause, 94 % des ingénieurs convoités auront tendance à choisir un CDI (plus stable). Les ingénieurs à la recherche de liberté et de flexibilité se tourneront, eux, vers le statut de freelance.
On voit donc rapidement la limite de ce projet : quelle serait la place d’un nouveau contrat dans ce secteur où les CDD peinent déjà à trouver preneurs ?

Le CDI de Projet n’est pas adapté au marché du numérique.

En raison de la forte tension en matière de recrutement, le CDI de Projet n’a pas sa place dans les solutions de staffing du secteur.

Alors comment combiner la flexibilité, indispensable aux entreprises du numérique qui font face à de fortes variations d’activités et l’exigence des ingénieurs qui fuient la précarité ?
Sur ce marché du staffing dans le numérique, l’innovation organisationnelle prend le relais et deux grandes tendances se dégagent : le staff-sharing et le freelancing.

Le staff-sharing

De plus en plus d’entreprises entrent dans l’ère de l’économie collaborative. Elles choisissent de mettre en commun leurs ressources (matérielles et humaines) en favorisant la sous-traitance entre elles.
La revente de ressources sous utilisées est un concept qui a fait son chemin chez les particuliers. Blablacar, Ouicar, Airbnb ont ouvert la voie sur l’optimisation des ressources matérielles chez les particuliers. C’est ce qu’on appelle la « share-economy » ou économie de partage.
Cette tendance arrive dans le monde du B2B. Par exemple, les agriculteurs partagent leur matériel agricole avec WeFarmUp. Au niveau des ressources humaines, les entreprises qui connaissent des variations de charge à baisse, sont, maintenant, prêtes à partager leurs équipes (pour une durée limitée) avec des entreprises qui connaissent des variations à la hausse. C’est ce qu’on appelle le staff-sharing. Chacune d’elles gagne ainsi en souplesse et fidélisent leurs équipes.

Le freelancing

Véritable phénomène en plein essor dans le secteur, les freelances choisissent ce statut pour des raisons diverses (liberté, gain, mobilité…). Le statut d’autoentrepreneur, avec un CA HT annuel pour l’instant plafonné à 33 100 euros, n’est pas adapté aux rémunérations du secteur. Le portage salarial représente une alternative qui permet de contourner ces limites. Le statut de freelance offre ainsi une réelle opportunité aux ingénieurs de maximiser leurs revenus tout en permettant aux entreprises de gagner en flexibilité.
Dans tous les cas, le CDI de Projet n’a pas sa place dans ce secteur, à moins qu’un brutal retournement de situation de la conjoncture économique dans le numérique le rende attractif.
Mais avec 4% de croissance annuelle ces dernières années et des enjeux de digitalisation de l’économie de plus en plus forts, ce scénario semble très peu probable…

Source : Le secteur du numérique et ses métiers – étude Pôle Emploi – Avril 2016.

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